The Ruins Of Beverast - Tempelschlaf
Chronique par Storm - Publiée le 16/05/2026
The Ruins Of Beverast - Tempelschlaf
Note : 4/6
Genre : Atmospheric Black/Doom Metal
Année : 2026
Label : Ván Records
Pays : Allemagne
Durée : 59:01
Tracklist :
1.
Tempelschlaf
09:35
2.
Day of the Poacher
06:42
3.
Cathedral of Bleeding Statues
06:41
4.
Alpha Fluids
07:15
5.
Babel, You Scarlet Queen!
07:48
6.
Last Theatre of the Sea
07:51
7.
The Carrion Cocoon
13:09

Les mains moites, les doigts crispés et le regard hagard, voilà que j’accompagne mes oreilles de ce nouvel THE RUINS OF BEVERAST, un projet plus ou moins tempéré par son étrange et obscur géniteur : Alexander Von Meilenwald. Les amateurs des premiers albums de ce projet auront sans doute quelques difficultés d’adaptation, quoique. "Tempelschalf"n’est point aussi ténébreux et engloutissant que par exemple "Foulest Semen Of A Sheltered Elite", c’est une certitude. Les turpitudes angoissantes, les sueurs froides coulant dans le dos, les peurs horribles ou les sursauts spastiques n’ont plus vraiment la main mise sur le cerveau de THE RUINS OF BEVERAST actuellement, si bien que "Tempelschalf" paraîtra à ces fans de la première heure, et de prime abord, comme une promenade de santé régulant pour une fois favorablement leur tension artérielle et neuronale. Mais ne sous-estimons pas le pouvoir créatif et subliminal de ce terrible Allemand.

Le talent du Dr Alexander Von Meilenwald n’a pourtant pas pris une ride bien qu’il est dérivé sur des territoires plus imagés et moins lugubres. Depuis le cinquième album "Exuvia", le projet a eu tendance à muer en se délestant de son Black Metal originel. Cela est devenu encore plus flagrant avec "The Ultime Grimoires, l’album suivant sorti en 2021. Avec "Tempelschalf", Alexander Von Meilenwald franchi un nouveau cap, en nous proposant une musique davantage mue par la transe, le rituel et le rêve fiévreux. Proposant une descente souterraine dans un labyrinthe où s’entremêlent, suivant les salles, des rites occultes mystérieux et glauques à des reliquats de cauchemars éveillés parsemant d’odeurs fortes les ambiances, "Tempelschlaf" s’amusent à fracturer les structures sonores en modifiant notre état de conscience à l’envie.

Complexe et habité, "Tempelschlaf" n’est pas aisé à écouter. Il mérite du temps et des réécoutes. Le son de l’album est plutôt grave avec des basses telluriques et une réverbération quasi-narcotique. Chaque titre paraît bouger comme une masse sombre et informe, rempli de gazs toxiques et hypnotiques, se mouvant telle une murmuration ténébreuse vouée à vous fondre dessus. Tout semble disloqué. Chaque riff emprunte ce souterrain immense aux multiples portes, et où chacune d’entre-elles ouvre un recoin du monde invisible. Alexander Von Meilenwald est très à l’aise dans cet exercice mais "Tempelschlaf" pousse encore un poil le curseur de la complexité. Utilisant aussi bien plus son chant clair, le sieur enveloppe davantage toutes ses tentacules d’une aura démoniaque. Alors, si vous avez le cœur de vous affronter vous-mêmes et d’emprunter vos propres méandres, écoutez donc le tyrannique "Babel, You Scarlet Queen!", ou le lancinant et boueux "Last Theatre Of The Sea" qui vous rappelleront certains patterns diaboliques des débuts magistraux de THE RUINS OF BEVERAST, que le titre "The Carrion Cocoon" sublime de manière éprouvante : 13 minutes à errer follement dans ce souterrain empli d’hallucinations et de spectres…

Ce nouvel album confirme surtout une chose essentielle : THE RUINS OF BEVERAST n’appartient désormais plus réellement au Black Metal, mais à un territoire parallèle dont Alexander Von Meilenwald demeure l’unique cartographe. Là où tant de formations extrêmes s’épuisent à reproduire leurs propres ruines, l’Allemand poursuit sa lente mutation artistique avec une audace presque inquiétante. "Tempelschlaf" n’offre aucune gratification immédiate ; il désoriente, fragmente et consume progressivement l’auditeur jusqu’à l’enfermer dans son étrange liturgie sonore. Pourtant, derrière cette apparente opacité se cache un album d’une richesse sidérante, regorgeant de détails, de visions et de sensations contradictoires. Rarement un disque aura donné cette impression de flotter entre rêve narcotique, cérémonie païenne et descente psychique incontrôlée. Plus contemplatif sans perdre sa noirceur, plus expérimental sans sombrer dans l’abstraction stérile, "Tempelschlaf" impose finalement THE RUINS OF BEVERAST comme une entité toujours aussi singulière et insaisissable au sein des musiques extrêmes contemporaines.

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