Nous avions oublié qu’à la fin des années 90, la cancel culture opérait déjà sa mise en marche. Les éclats terribles et explicites de Varg Vikernes irritaient beaucoup d’acteurs commerciaux qui, sous couvert de probité, s’amusaient à tailler dans le gras de certains distributeurs pour bloquer les ventes et l’expansion de certains groupes pourtant fort méritants et plutôt blancs comme neige (pardonnez l’utilisation de cette expression, bien entendu vouée à disparaître fort heureusement). Ce fut le cas par exemple du premier EP des Bordelais de SETH, "By Fire, Power Shall Be…", sorti chez l’obscur label A.M.S.G. au catalogue peu fourni mais pernicieux (OSCULUM INFAME, BEKHIRA), blacklisté de la FNAC par exemple. Mais ne s’arrêtant pas à ces quelques embûches, le groupe ambitieux et à l’identité déjà bien marquée continua son chemin et nous proposa l’année suivante, via Season Of Mist, son premier album passionnant.
Tirant son épingle du jeu, en se démarquant des groupes français de l’époque, ceux du Concilium ou des Légions Noires, mais aussi des autres plus structurés tels que BLUT AUS NORD ou ANOREXIA NERVOSA, le quatuor emmené par les compositions d’Heimoth et de Faucon Noir développe son imagerie vampirique — un peu romantique à la FORBIDDEN SITE, mais en bien plus décadent et Black Metal. Les Bordelais livrent des compositions suffisamment sophistiquées, agrémentées de claviers subtils et passionnants (ceux d’Arkdae de DARK SANCTUARY) et d’une durée plutôt longue, pour créer quelques hymnes qui, dans le cœur des amoureux du Black français, sont désormais passés à la postérité.
Du reste, notons déjà ces deux-là : "La Quintessence Du Mal", "Hymne Au Vampire (Acte II)… Vers Une Nouvelle Ère". Les nostalgiques à la mémoire longue se souviendront également du placement de ces deux titres sur deux samplers de l’époque, notamment un provenant d’un Metallian ("La Quintessence Du Mal", qui du reste s’appelait en ce temps-là "Les Blessures D’Outre-Tombe"…). Et, en effet, ils ont fait mouche instantanément dans le cœur de ceux — un grand nombre d’ailleurs — qui les ont découverts par cet intermédiaire, débutant ainsi avec eux l’aventure du Black Metal. Loin du folklore païen et d’un discours pseudo-satanique simpliste, SETH est un groupe de littérature noire, fasciné par la mort et l’érotisme morbide. Cette dimension les rapproche d’ANOREXIA NERVOSA, bien que SETH soit plus mélodique et moins opératique.
Avec un travail important sur le visuel, notamment au travers de ce très beau booklet accompagnant "Les Blessures De L’Âme", SETH propose un premier album culte dans lequel le groupe puise toujours, notamment si l’on se réfère aux sonorités empruntées des deux derniers albums ("La Morsure Du Christ", "La France Des Maudits"). Après ce premier opus, les Bordelais évolueront vers une direction plus expérimentale et industrielle (notamment au travers de l’album "The Excellence" sorti en 2000), et proposeront des albums à chaque fois différents et innovants, ne se reposant jamais sur leurs lauriers maléfiques, malgré un line-up mouvant.