Après un premier EP déjà magnétique, le duo du Colorado enfantait son premier album diabolique : "War Metal". Teinté par le Black Metal vil et guerrier et par la non-compromission à une quelconque édulcoration, les Américains tentaient déjà de définir les contours les plus acerbes et énervés de la scène USBM avec ce premier manifeste archi-belliqueux. Influencés par les premiers assauts de BLASPHEMY ou de BESTIAL WARLUST, Erik Wunder et Phil McSorley décidèrent de plonger dans la bestialité la plus féroce pour vilipender l’humanité et y déverser toute la rage contenue dans leurs entrailles. À l’instar du projet REVENGE de un certain dérangé James Read, ou des Finlandais de ARCHGOAT, COBALT cultiva dès sa conception et ses premières attaques un côté instinctif, cru et ultra-violent.
À l’écoute de "War Metal", vous pouvez être assurés d’y entendre la brutalité de compositions furieuses, aux riffs tout à la fois primitifs, couplés à un chant vicieux et enragé, lui-même soutenu par des rythmes épileptiques et un certain goût pour des atmosphères tout à la fois hypnotiques et dérangeantes. Le Black/Death violent de COBALT y côtoie la poussière américaine vengeresse et nihiliste. Phil McSorley, ancien militaire à l’époque de ce premier album (*), déverse dans ses vocalises toute sa haine… ce qui le perdra plus tard, suite à des propos plus qu’outranciers parus en ligne. Mais lors de ce premier album, sa longue dérive s’entend jusque dans son jeu vocal déchiré et halluciné. Le sieur, d’ailleurs, sera l’auteur de cette pochette intrigante. Une nuit, lors d’une descente d’acide, Phil, comme il le faisait fréquemment, part vagabonder dans les bois du Colorado. À son retour, Wunder raconte que son acolyte aurait vu un petit groupe de chevaux sauvages alors qu’il était assis sous un arbre. Mais le Phil n’est pas bien sûr que cette scène ait été réelle ; il pense plutôt à un flashback d’acide et, doutant de sa propre perception, fit quelques photos pour vérifier si cette scène avait bien existé.
Et c’est là que l’image devient géniale : le cheval paraît irréel, spectral et figé dans une lumière étrange, comme une apparition dans un rêve de guerre. Cette pochette correspond parfaitement finalement à l’esthétique de "War Metal" : quelque chose de brut humant la brutalité, mais aussi profondément dissocié et halluciné. Chez COBALT, la guerre n’était pas juste un thème esthétique, elle contaminait réellement la psychologie du groupe. Et le contenu des titres s’en ressent tant ils ont comme unique dessein de vous fouetter sacrément le cerveau et de doper votre agressivité. Nul besoin d’en citer certains plus que d’autres, bien que "World On Its Knee" et l’énormissime "Empire Of The Moth" ressortent un peu plus du lot avec leur côté barré et sludgy sous amphétamines. D’une manière générale, attendez-vous à un son aussi abrasif que le plus coupant des papiers de verre (l’album a été enregistré avec quelques moyens en dix jours à peine, en 2003, au Hellion Studio), une batterie organique totalement possédée et développant une mitraille intempestive avec des cymbales envahissantes, beaucoup de riffs, d’attaques et de breaks mélodiques fonctionnant comme des vagues d’érosion mentale.
Les idées de Wunder sont déjà fort distinguées. Son goût prononcé pour les montées émotionnelles lentes, les longues progressions répétitives et ce mélange mélodique entre beauté et violence préfigurent déjà les futurs brûlots que seront les albums suivants : "Eater Of Birds" (2007) et l’énormissime "Gin" (2009). "War Metal" fonctionne comme une transe que certains pourront juger monotone, tandis que d’autres, et j’en fais partie, vivent cet opus comme une expérience immersive extrêmement intense. Le projet COBALT a toujours voulu nous coincer dans un état mental forcé, où règnent agitation, cauchemars et désir de passage à l’acte, et "War Metal" est le premier détonateur sur lequel nous avons appuyé. Impossible de ne pas succomber à ce projet fou, archi-singulier et violent, totalement arbitré par les instincts et les soubresauts altérés de la conscience.
(*) Il retournera en Irak en tant que chef instructeur après l’album "Gin".