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Abigor - Fractal Possession
Chronique par Storm - Publiée le 23/05/2026
Abigor - Fractal Possession
Note : 4/6
Genre : Black Metal
Année : 2007
Label : End All Life Productions
Pays : Autriche
Durée : 52:44
Tracklist :
1.
Warning
01:53
2.
Project: Shadow
05:38
3.
Cold Void Choir
06:13
4.
Lair of Infinite Desperation
06:07
5.
3D Blasphemy
05:43
6.
The Fire Syndrome
05:51
7.
Injection Satan
04:25
8.
Liberty Rises a Diagonal Flame
05:05
9.
Vapourized Tears
05:10
10.
Heaven Unveiled
06:39

Je me souviens fort bien de la gueule que j’ai tirée lorsque j’ai écouté "Fractal Possession" pour la première fois. Thurisaz ayant foutu le camp, un nouveau chanteur fut proposé par le duo autrichien restant (Tannenberg et Kubic), en la personne d’Arthur Rosar, inconnu au sein du vaste monde du Black Metal mais actif sur d’autres scènes plus gothiques. Cette première surprise pouvait augurer quelque chose de plus positif face aux vocalises et au jeu plus monotone de Thurisaz. Et ce fut le cas.

Mais ce qui me fit tomber un peu de ma chaise, c’est le virage franc entrepris par ce huitième album bourré de dissonances et de rythmes concassés. Préfigurant aussi la future vague orthodoxe moderne et intellectuelle, "Fractal Possession" est un album qui déconstruit et déstructure le visage du Black Metal. Les structures y sont labyrinthiques, les riffs moins atmosphériques et héroïques mais bien davantage « fractals » et fragmentés, les rythmes y sont cassés et désarticulés, et le jeu vocal même d’Arthur Rosar joue un rôle primordial dans cette chute vertigineuse dans les abîmes, dans cette perte de repères subie, contrainte et désirée.

"Fractal Possession" crée des titres qui ne sont plus des chansons mais bien des architectures mouvantes, abstraites, totalement vouées au règne diabolique de la malaisance et de la dissolution. Allant plus loin encore que DEATHSPELL OMEGA et BLUT AUS NORD dans cette sensation de désintégration structurelle permanente des motifs sonores et des ambiances, les Autrichiens de ABIGOR rejoignent en partie certains travaux de DØDHEIMSGARD (avec cet aspect schizophrène, industriel et paranoïaque), mais aussi le "Grand Declaration Of War" de MAYHEM composé en partie par le guitariste Blasphemer, coutumier de ces riffs anguleux et froids.

Avec cette atmosphère hostile, cette densité illisible, cette production chirurgicale mais inhumaine et ces riffs qui fonctionnent et s’épanchent comme des spirales dissonantes, "Fractal Possession" est une œuvre ardue, terrible et semblant même vouloir imploser de l’intérieur. Les Autrichiens réussissent à accoucher d’une œuvre polymorphe et d’un des sommets du « Dissonant Black Metal », encore aujourd’hui peu égalé dans cette abstraction poussée à l’extrême. Un travail incroyable mais très difficile d’accès.

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