Aux dernières heures du millénaire, LIMBONIC ART continuait à irriguer son Black Metal symphonique d’un peu plus encore d’agressivité et de rythmiques mécaniques, voire industrielles. Le Black baroque ou wagnérien des débuts laisse place de plus en plus à des sonorités plus froides et à des guitares bien plus mises en avant, au détriment des nappes de claviers, bien plus enfouies dans la texture sonore. Daemon a pris les commandes du micro et c’est aussi un changement qui, peut-être, a pu être le premier point de friction entre la paire de Norvégiens.
Le côté artificiel et déshumanisé qui gravite tout autour de cet album est renforcé inévitablement par la boîte à rythmes programmée comme une mitraillette cosmique. "Ad Noctum - Dynasty Of Death" est aussi un album très en phase, finalement, avec son année. En 1999, beaucoup de groupes de l’époque changent de direction : EMPEROR complexifie son écriture, tandis que DIMMU BORGIR devient plus accessible encore. ULVER tourne le dos au Metal et SATYRICON se nihilise en Cyber-Punk avec "Rebel Extravaganza", alors que IMMORTAL se monumentalise avec le fameux "At The Heart Of Winter", prenant le contrepied total vis-à-vis de ses pairs.
Morfeus et Daemon, quant à eux, choisissent avec "Ad Noctum - Dynasty Of Death" d’être un peu à la croisée de ces chemins. Leurs compositions encore marquées par le sceau du symphonique deviennent pourtant plus froides et mécaniques, teintant leur Black Metal de matières cybernétiques (comme sur le titre "Dynasty Of Death"), encore cosmiques mais bien moins organiques qu’à leurs débuts. Et j’ai envie de vous dire, une nouvelle fois, qu’ils sont bien dans leur temps. À l’instar du "Animatronic" de THE KOVENANT (qui a changé de peau et de patronyme pour l’occasion), l’heure est à la fascination et aux tentatives de maîtrise des bouillonnements du numérique.
La production de ce nouvel opus de LIMBONIC ART est aussi plus compressée et synthétique. Son esthétique est également plus apocalyptique fin de siècle. Traversés par les superstitions et le retour des anciens mondes, nos Norvégiens font convoler leurs ambiances vers des formes futuristes et plus occultes encore. Au final, "Ad Noctum - Dynasty Of Death", s’il reste copieux comme à l’accoutumée (plus d’une heure et quart de musique), nous propose de changer de regard. Cette cathédrale cosmique est plus belliqueuse encore, mue par des rythmes effrénés, le jeu vocal irascible de Daemon et un riffing plus impactant et tranchant. Un bon album certes, un peu trop méconnu aujourd’hui et qui mérite son écoute.