Avec les errements de line-up et les multiples ajustements de leur Black Metal Symphonique, j’avoue ne jamais avoir été emballé par les albums post-2000 de nos voisins britanniques. La nostalgie instille parfois quelques duretés sur la suite des écoutes, tenant comme mètre étalon un point d’histoire du groupe qui ne peut être qu’une page définitivement tournée. Ce septième album renoue pourtant avec le passé du groupe et embrasse, dès son premier titre, l’identité singulière du projet HECATE ENTHRONED, à savoir des vocaux épileptiques aigus, des passages romantiques tourmentés et des nappes de claviers funèbres. Bien sûr, le groupe a évolué, mais le trio essentiel (si l’on met de côté le regretté Jon Kennedy, premier chanteur au jeu vocal courroucé, mort dans un accident de voiture en septembre 2023), comprenant la paire de guitaristes et le bassiste, reste toujours en place malgré les décennies égrenées.
Qu’attendre encore d’un groupe qui a connu son heure de gloire — un peu trop ombragée à mon sens par le surplus de feux braqués et l’omnipotence de CRADLE OF FILTH ou de DIMMU BORGIR — il y a près de trente ans ? La question se pose mais elle n’est pas essentielle, surtout si l’on consacre une écoute attentive à ce "The Corpse Of A Titan, A Lament Long Buried" qui ne démérite pas, je vous l’assure. Si les allergiques au chant suraigu de Joe Stamps, un poil caricatural, trouveront toujours de quoi ronger leur os, sa filiation avec celui de Jon Kennedy rassurera les plus fervents fans que j’ai pu être. Car ce nouvel album est plutôt fort soigné, si bien qu’il me paraît toucher, à différents moments, la grâce d’un "The Slaughter Of Innocence, A Requiem For The Mighty" et même d’un "Dark Requiems... And Unsilent Massacre", l’album le plus inspiré du groupe… sorti en 1998.
Je trouve les nappes de claviers de Pete White (membre depuis quasiment deux décennies tout de même) franchement immersives et sans panne d’inspiration. C’est important, vous en conviendrez, pour du Black Metal Symphonique. Prenez par exemple le titre "The Arcane Golem", vraiment intéressant au demeurant : son agilité véloce fait mouche, notamment au travers de riffs entraînants et du jeu vocal de Joe Stamps. Les montées sont entêtantes et la production, puissante, donne encore plus de matière à ces motifs sonores fraîchement composés. "Into A Vale Of Endless Snow" est également dans cette veine, hypnotique et glaciale, si bien que les VARGRAV et consorts pourraient toquer aux portes de votre mémoire. Et puis, je note aussi "Spirits Stir Within Our Ancestors Tombs", qui, avec ses mid-tempos, nous abreuve d’attaques vocales franches et débordantes d’énergie. Nonobstant ces titres très qualitatifs, d’autres sont pourtant plus monotones et n’arrivent pas à sortir du lot.
HECATE ENTHRONED revient donc plutôt en forme. Sept ans après "Embrace Of The Godless Aeon", les Anglais confirment qu’il faudra encore compter sur eux pour promouvoir le Black Symphonique au nez et à la barbe des nouvelles générations. En tout cas, ce "The Corpse Of A Titan, A Lament Long Buried" n’est pas à écarter d’un revers de main. Il montre un groupe très mature, qui continue sa progression en se foutant bien d’un quelconque obstacle. Messieurs, c’est réussi !