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Isengard - Vinterskugge
Chronique par Storm - Publiée le 27/05/2026
Isengard - Vinterskugge
Note : 4/6
Genre : Viking Raw Black Metal
Année : 1994
Label : Peaceville Records
Pays : Norvège
Durée : 01:04:30
Tracklist :
1.
Vinterskugge
05:15
2.
Gjennom skogen til blaafjellene
05:51
3.
Ut i vannets dyp hvor mørket hviler
04:19
4.
Dommedagssalme
05:06
5.
In the Halls and Chambers of Stardust the Crystallic Heavens Open
02:33
6.
Fanden lokker til stupet (Nytrad.)
02:43
7.
Naglfar
05:29
8.
Thy Gruesome Death
02:16
9.
Deathcult
01:55
10.
Rise from Below
03:12
11.
Dark Lord of Gorgoroth
02:26
12.
Trollwandering (Outro)
01:29
13.
The Fog (Early 1991)
04:35
14.
Storm of Evil
06:02
15.
Bergtrollets gravferd
05:31
16.
Our Lord Will Come
05:48

Non, les Vikings ne se déplaçaient pas qu’en drakkars ; sur terre, leurs hordes piétinaient aussi de belles traverses enneigées. Le projet ISENGARD pourrait narrer en somme des histoires anciennes faites de paysages vierges d’humanité, de nature omnipotente et de guerriers de passage, mais, même si sa pochette nous laisse présager une ambiance typiquement forestière, "Vinterskugge" est une compilation très hétérogène. Reprenant les premières compositions éparses de Fenriz produites à la toute fin des années 80 et aux premières heures de la décennie 90, elle compile trois démos qui forment une sorte d’autobiographie sonore des premières inspirations de Fenriz. En proposant en premier lieu son matériel sonore le plus abouti, "Vinterskugge" nous fait remonter au fur et à mesure aux racines Death, Doom et noirâtres des premières lubies du Norvégien.

Certains ont dit du projet ISENGARD qu’il était un pot-pourri de ce qui ne pouvait être intégré à DARKTHRONE (le projet principal de Fenriz) et, de fait, il est vrai que "Vinterskugge" concentre tout ce qu’un projet de Black Metal pur ne saurait contenir au début des années 90 : Folk nordique, Doom traditionnel, Ambient, Death Metal primitif, chants clairs et influences Heavy 70s/80s… C’est également une plongée dans l’univers protéiforme de Fenriz et de ses nombreux amours musicaux de jeunesse, au premier rang desquels trônent pêle-mêle BATHORY, CANDLEMASS, MORBID ANGEL, VENOM, CELTIC FROST, BLACK SABBATH, SARCÓFAGO, NECROPHAGIA, les premières démos de IMMOLATION, AUTOPSY et NIHILIST (les futurs ENTOMBED). Cela en fait du monde, vous en conviendrez, mais l’on trouve çà et là un riffing, un passage atmosphérique, une ambiance générale qui rappellent souvent un de ces groupes.

Enregistré en 1994 alors que Fenriz est en pleine bourre sur ses autres projets (DARKTHRONE, STORM, NEPTUNE TOWERS, DØDHEIMSGARD), "Vinterskugge" donne cette impression d’être une collection de titres raccrochés les uns aux autres par pas grand-chose. Néanmoins, si l’on dépasse cette première impression, cette compilation nous offre du très beau matériel, certes brut, mais assez visionnaire en nous laissant entrevoir quelques lueurs géniales. Le titre "Dommedagssalme" a-t-il influencé les futurs URFAUST ? N’y a-t-il pas du KAMPFAR, du MOONSORROW dans ce "Fanden Lokker Til Stupet (Nytrad)" ou du FALKENBACH dans ce "Naglfar" ? "Gjennom Skogen Til Blafjellene" n’est-elle pas cette instrumentale qu’aurait pu enregistrer JUDAS ISCARIOT ou le vilain tonton Grischnack de BURZUM lors de sa période "Hvis Lyset Tar Oss" ?

Et que dire de l’ovni présent sur cette compilation ? Je veux bien sûr parler de la très post-Punk "Storm Of Evil", qui nous replonge dans les fonds de cave du début des années 80 où régnaient CHRISTIAN DEATH et JOY DIVISION. Fenriz s’essaie aussi à cela, en sus de ses amours immodérés pour le Krautrock et l’Ambient spectral qu’il développera très largement sur les deux albums de son projet NEPTUNE TOWERS. Autre surprise, vous aurez aussi un peu de MORTIIS avec le titre "In The Halls And Chambers Of Stardust - The Crystallic Heavens Open", qui sonne de manière intéressante et préfigure les futurs DEPRESSIVE SILENCE. Certains titres sont aussi des formes d’ébauches de ce que deviendra DARKTHRONE. Prenez par exemple "Ut I Vannets Dyp Hvor Morket Hvile" : vous y trouvez ces riffs répétitifs, ces structures minimalistes et cette atmosphère nocturne qui feront le sel des futurs "A Blaze In The Northern Sky" et "Transilvanian Hunger". Et les amateurs de Death primitif se jetteront sur le triptyque "Thy Gruesome Death" / "Deathcult" / "Rise From Below", tandis que les friands de BATHORY loueront le titre éponyme et ceux de BEHERIT "Dark Lord Of Gorgoroth" ou bien encore "The Fog (Early 1991)"…

Plus qu’un simple side-project de Fenriz, ISENGARD est l’un des laboratoires secrets du Metal extrême scandinave. "Vinterskugge" est, au regard de l’histoire du Black Metal, une œuvre brouillonne mais visionnaire, un amoncellement d’expérimentations et de bouillonnements juvéniles mais déjà solides et fort matures. En pleine cristallisation du Black Metal norvégien, alors que nombre de formations cherchaient déjà à en figer les contours dans une orthodoxie glaciale et monolithique, Fenriz conservait encore ce regard de collectionneur halluciné et d’archéologue du Metal extrême. Avec ISENGARD, il laissait ainsi entrer dans le Black Metal tout un héritage de Doom, de Folk, d’Ambient et de vieilles obsessions poussiéreuses, ouvrant sans vraiment le savoir des chemins que bien d’autres emprunteraient dans les décennies suivantes.




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