Aller au bout de la haine, au bout de la noirceur, au bout de la rancœur et surtout au bout du grand rien absolu, le tout retranscrit en musique : un Français s’y était déjà collé dans les années 2000. Zagam n’aura été actif que de 2003 à 2006 pour sortir quatre enregistrements, tous identiques, tous bruts et vindicatifs. Aucune autre information n’aura filtré sur ce curieux one-man-band, à l’exception du fait qu’à l’époque il était l’un des rares à proposer intégralement sa musique en téléchargement libre.
Outre le format numérique, peu commun pour l’époque, notamment pour un genre aussi conservateur que le black metal, ce qui a fait connaître Haine Noire est son jusqu’au-boutisme thématique, paroles en français à l’appui. Plus misanthrope et asocial, tu meurs, et même jusqu’à la caricature pure et simple, comme le titre Perdu d’avance : « Petite larve, puanteur, meurs, disparais. Tu détruis toute ma vie. Meurs dans le noir. Tu pourriras dans un trou dévoré par ma haine. Tu regretteras. Trop tard. Tu avais perdu d'avance. » Tout un programme.
Musicalement, chaque enregistrement est identique jusqu’à la photocopie. Après une introduction dispensable, l’album démarre pour de bon. Titres courts, blast-beat constant, hurlements saturés, le tremolo picking joue dans la même gamme d’aigus, avec une constante monotonie mais aussi une simplicité redondante. Rien à faire, c’est entendu et réentendu, d’autant que chaque titre se limite à un ou deux riffs construits sur le même schéma.
Pas de puissance, pas de personnalité : répétitif, Haine Noire ne s’aide pas lui-même avec cette production maison qui sent bon le numérique d’époque. Boîte à rythmes primaire et synthétique, cordes et voix modifiées par un logiciel aux fraises : Zagam n’a pas l’occasion de faire ressentir sa haine, c’est l’encéphalogramme plat.
Une micro-page de l’internet métalliquement noir des années 2000, et c’est tout.