Le 06/06/06, LIMBONIC ART annonce sa reformation, après quelques années de discorde et de projets parallèles. Cette date prête plutôt à sourire, mais le groupe joue le jeu. Daemon et Morfeus décident de rempiler et, à cette époque, pas mal de groupes des années 90 se reforment ou essaient de retrouver un second souffle. Les Norvégiens sont à cheval entre ces deux camps, et leur espoir réside dans ce sixième album. Les fans de la première heure espèrent secrètement un nouveau "Moon In The Scorpio" (et je m’inclus dedans) ou un autre "In Abhorrence Dementia", mais le duo norvégien décide de persévérer dans la veine de ses deux derniers albums en expulsant encore un peu plus les claviers du devant de la scène.
Avec ce "Legacy Of Evil", est-il encore adapté de parler de Black Metal Symphonique ? Personnellement, je le crois, car même si le riffing et la batterie, toujours programmée et toujours épileptique — c’est un parti pris qui n’a jamais quitté les volontés du groupe — sont bien mis en avant sur la scène sonore, il reste quelques reliquats de nappes de claviers, pas inintéressantes mais somme toute peu immersives. Qu’il est loin, finalement, le temps où LIMBONIC ART creusait un sillon encore inconnu, bardé d’une lugubrité et d’une puissance symphonique géniales qu’un nombre conséquent de groupes allait emprunter.
À l’écoute de ce nouvel album, plus grand-chose de cela n’est perceptible ou audible. Les claviers deviennent un habillage plutôt qu’un moteur émotionnel. "Legacy Of Evil" est un album honnête, fort agressif, mais qui ne possède plus aucune aura atmosphérique. S’étant fait un nom grâce à ses claviers interstellaires et mélancoliques, et apprécié pour ses volutes incroyablement introspectives et oniriques, LIMBONIC ART a finalement déplu à une grande partie de son public dès l’entame de son virage « riffesque » et agressif, et ce "Legacy Of Evil" sonne un peu comme l’hallali du projet originel. Et d’ailleurs, après une ultime passe d’armes, Morfeus claquera définitivement la porte peu après, laissant Daemon conduire soigneusement le vaisseau amiral, désormais un peu trop décrépit.