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Dimmu Borgir - Grand Serpent Rising
Chronique par J. - Publiée le 02/06/2026
Dimmu Borgir - Grand Serpent Rising
Note : 0/6
Genre : Metal Moderne
Année : 2026
Label : Nuclear Blast
Pays : Norvège
Durée : 01:09:18
Tracklist :
1.
Tridentium
03:55
2.
Ascent
05:21
3.
As Seen in the Unseen
06:59
4.
The Qryptfarer
04:30
5.
Ulvgjeld & blodsodel
05:42
6.
Repository of Divine Transmutation
06:33
7.
Slik minnes en alkymist
05:38
8.
Phantom of the Nemesis
05:07
9.
The Exonerated
05:57
10.
Recognizant
05:51
11.
At the Precipice of Convergence
04:16
12.
Shadows of a Thousand Perceptions
05:29
13.
Gjǫll
04:00

La sortie d’hibernation des Norvégiens de Dimmu Borgir était, pour certains, attendue comme le Messie ; pour d’autres, beaucoup moins, voire pas du tout. Huit ans après Eonian, l’accouchement de leur nouvel album s’est fait dans la longueur plutôt que dans la douleur. Je vais mettre les pieds dans le plat : ceux qui attendaient un retour dans la veine de Puritanical Euphoric Misanthropia ou de Deathcult Armageddon pouvaient nourrir l’espoir de quelque chose de plus agressif, rapide et baroque. Quant aux fans du Dimmu Borgir des années 90, dont le point d’orgue fut Spiritual Black Dimensions, ils sont déjà loin…N’y allons pas par quatre chemins : Grand Serpent Rising acte la dérive musicale d’un groupe désormais entre les mains des thanatopracteurs du black metal : hier à l’ombre du Mal, aujourd’hui experts en marketing. Il n’était déjà plus question de black metal depuis au moins deux décennies, mais là, il n’en reste plus aucune trace. C’est dur, mais logique.

PEM et DCA avaient marqué leur époque grâce à un line-up renforcé par Mustis, Vortex et un Barker impérial. Les hymnes étaient hyper chiadés : épiques, sombres, agressifs et rapides, noyés sous des orchestrations baroques et des claviers atmosphériques, et surtout bardés de vrais riffs. Vingt-cinq ans plus tard, c’est le néant qui se présente à nous, et ce n’est pas le retour aux Fredman Studios qui a changé la donne. L’identité sonore de Dimmu Borgir est complètement diluée, voire travestie. Il n’est pas rare d’entendre, sur ce nouvel album, des thèmes musicaux propres à In Flames, avec les poncifs du death metal de Göteborg, ou encore des incursions de claviers et de lead guitar placées aux moments opportuns, marque de fabrique de Galder et de son projet Old Man's Child. Immortal résonne également dans ce maelström polymorphe. Vous me direz : quel est le point commun entre ces groupes ? Ils sont tous sur le même label, ont tous changé leur fusil d’épaule en embrassant des sonorités plus rondes, ultra-éditées et surtout mercantiles. Pour finir, sur les quatre groupes que j’ai cités, trois ont enregistré des albums dans ce studio, dont certains de fort bon aloi.

Si quelqu’un me disait que le groupe a encore son mot à dire, je lui répondrais que le cahier des charges transmis par le label est ici parfaitement respecté par Dimmu Borgir. Pour vous donner une idée du fossé : écoutez ce nouvel album, long comme un jour sans pain — près de 70 minutes d’une musique souvent poussive — puis lancez immédiatement Spiritual Black Dimensions : la magie opérera. Ce que j’essaie de vous faire comprendre, c’est que Dimmu Borgir va aujourd’hui à l’encontre de tout ce qui a fait de lui un groupe reconnu, capable de produire des albums de qualité. Le contre-exemple parfait reste Cradle of Filth, qui a réussi à se réinventer après une période de doute où l’étendard était en berne, en recréant son propre univers avec un son immédiatement reconnaissable et assumé (Godspeed on the Devil’s Thunder, Hammer of the Witches, The Screaming of the Valkyries).

Je pense que le départ de Galder était un signe avant-coureur, sachant que le bateau prenait déjà l’eau depuis un moment et que l’homme-orchestre se montre particulièrement inspiré lorsque la création et l’individualité repointent le bout de leur nez. C’est comme si la tête pensante d’Old Man's Child avait mis entre parenthèses sa carrière dans un groupe où sa liberté de composition était bafouée. Je mets un billet sur le prochain album d’Old Man's Child.

Comme mentionné juste au-dessus, GSR est un sacré pavé : il est long, bien trop long pour un groupe qui n’a plus de véritable force créative. Est-ce un mauvais album ? Je dirais qu’il conviendra surtout à un public en quête d’un metal édulcoré, dans l’air du temps — du metal for the masses — qui produit peu, voire pas du tout, d’émotions. Si vous cherchez du black metal symphonique et atmosphérique, penchez-vous plutôt sur le back catalogue du groupe entre 1997 et 2005, ou sur des sorties plus récentes comme les deux derniers albums de Vargrav, moins obséquieux et plus authentiques.

Quand j’écoute ce nouvel album, je cherche désespérément quelque chose à quoi m’accrocher, sans jamais y parvenir. Pourtant, j’ai vénéré ce combo jusqu’à DCA (et Stormblast 2005). Là, il n’y a aucune prise : c’est trop lisse, sans relief ni changement de rythme, et surtout dépourvu de vrais riffs. Alors oui, ça blaste parfois, mais cela ne transmet pas davantage d’énergie qu’une partie lente. En réalité, on sent la fatigue : les musiciens sont au bout du rouleau et peinent à proposer des titres cohérents et dynamiques. L’explosivité et la vengeance ne font plus partie de l’équation. L’impression d’écouter un patchwork de passages mal arrangés, incapables de cohabiter harmonieusement, se fait sentir à chaque instant. Quant aux parties orchestrales et symphoniques, elles sont réduites à leur plus simple expression, ce qui est presque ironique lorsqu’on se souvient de l’opulence de ces ornements jusqu’en 2010. Prenons l’exemple d’In Sorte Diaboli, qui reste un bon album alors même qu’il est dépourvu de parties enregistrées avec un orchestre. On peut donc imaginer que l’inspiration avait encore sa place et que, même sans orchestre, Dimmu Borgir tirait encore son épingle du jeu grâce à des claviers omniprésents.

La production de Grand Serpent Rising est puissante et claire, mais exsangue, à l’image de celle d’Eonian. C’est le signe que le groupe a franchi le Rubicon.

Je pense que les temps ont changé et que Dimmu Borgir n’est plus une priorité pour Shagrath et Silenoz, pas plus que pour leur label. Passée d’une véritable démarche artistique aux ténèbres subventionnées, la musique du binôme n’a jamais semblé aussi déconcertante. Dimmu Borgir paraît poursuivre sa descente dans les oubliettes, lentement mais sûrement. Ce groupe n’a définitivement plus rien à dire, et c’est bien dommage.

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