À nouveau mais pour de bon cette fois-ci, Daemon se retrouve seul aux commandes de LIMBONIC ART. Ce nouvel album est en quelque sorte un test pour signaler aux fans du projet, si Daemon tient bon la barre et continue à en porter l’identité. Avec sa production nette, sans bavures et assez puissante, "Phantasmagoria" laisse à entendre la réelle agressivité d’un Black Metal symphonique mais avant tout rompu aux atmosphères plus sombres que majestueuses. Les claviers font leur grand retour, non pas qu’ils avaient totalement disparu sur les précédents opus, mais leur utilisation paraissait au fur et à mesure du temps se réduire à peau de chagrin.
Cette fois avec "Phantasmagoria", Daemon leur propose de reprendre une place essentielle au détriment de la batterie, plus en arrière-plan dans le mix, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose, tant sa programmation continue d’influer sur l’état hypnotique prolongé que certains titres proposent. Les riffs toujours bien saillants, rapides, abrasifs et subtilement composés viennent ici accompagner l’épilepsie et l’agitation chronique de la batterie programmée. Mais l’impression la plus marquante de cet album et contre toute attente depuis le départ de Morfeus - le Docteur ès sciences en claviers aux textures étranges, cosmiques ou avant-gardistes -, est que Daemon soit revenu à des ambiances plus immersives et hypnotiques, ce que les derniers albums ne laissaient pas présager.
Si l’album est beaucoup trop long (on parle de plus d’une heure dix), une belle poignée de titres rendent honneur au travail conséquent de composition de Daemon. Et si ce Black Metal est plus conventionnel que ne le sont les "Moon In The Scorpio" et "In Abhorrence Dementia", cette nouvelle orientation ou ce retour aux sources fait plaisir entendre. "Crypt Of Bereavement" nous conduit sur le pas de tir direction le céleste, tandis que le surprenant titre doomy "Dark Winds", bourbeux au possible, nous écrase de sa lenteur et de sa sombreur, tout comme "A Black Sphere Of Serenity" essaie de l’entreprendre dans sa première partie. Mention spéciale au dernier titre "Astral Projection", véritable fer de lance du savoir-faire de Daemon et qui envoie un signal fort à destination des fans sur ce qu’est et sera LIMBONIC ART sans Morfeus : plus vraiment une cathédrale cosmique et baroque perdue dans les limbes étoilés, mais bien plus une forteresse noire, moins ornée, plus massive et définitivement plus austère.