Ce nouvel album des Allemands n’en est pas tout à fait un, puisqu’à l’instar de ELLENDE avec son "Todbringerin", nos chers cousins germains ont décidé de donner une forme de splendeur à leur premier album "I", sorti en 2007, en le réenregistrant et en l’assaisonnant d’une production plus juste et équilibrée. Déjà, à l’époque, le projet avait pu faire mouche dans le cœur des fans tant la qualité de ses compositions gravitait autour d’une forme d’excellence et de qualité grâce à un degré mélodique élevé et des accents épiques emportés, énergiques et fort entêtants, le tout enveloppé par quelques nappes atmosphériques inspirées. Un esprit malin pourrait vous souffler dans les oreilles le nom de Valfar, et votre mémoire instantanément fera surgir cette évidence. Oui, car il pourrait être question de WINDIR, à bien écouter nombre d’envolées graciles et chargées d’émotions, comme étant une des influences fondamentales du groupe. Vérifions cela !
Comme l’indique Nachtsturm, la tête pensante du groupe, les premières sorties de SCHATTENVALD n’ont jamais été considérées comme des albums à proprement parler. Les enregistrements originels ont été intuitifs et faits de manière amateur, si bien que le sieur les a toujours vus comme des démos. En réenregistrant ainsi le plus fidèlement possible ce matériel musical et en étoffant par contre un peu plus les paroles, "Alle Hernach" – avec une production au cordeau – sublime tout simplement les majestueux vestiges des tout débuts de SCHATTENVALD. Le résultat est réussi, surtout si l’on compare les titres entre eux. D’un album volontiers intéressant sorti en 2007 mais terni par une production maladroite (Nachtsturm utilisait en ce temps-là un magnétophone quatre pistes pour enregistrer ses compositions), le voici en 2026 passionnant et virevoltant de détails mélodiques riches et captivants. Notre ami teuton a ramené en studio son matériel des années 90 pour mieux capturer à nouveau ce son et conserver son caractère.
Tous les titres affirment un côté épique et atmosphérique puissant, ce que Valfar (le cerveau de WINDIR, décédé à 25 ans en 2004) savait tellement faire de son vivant. Prenez par exemple le sublime titre – et je pèse mes mots – "Die Alte Mühl' Im Wilden Wald". N’y voyez-vous pas un lien certain avec quelques titres du monument "Arntor", tels que "Svartesmeden Og Lundamyrstrollet", "Arntor Ein Windir" ou bien encore "Saknet" ? Certes, l’utilisation des claviers chez les Allemands de SCHATTENVALD est prégnante, mais l’aimantation mélodique des riffs est, selon moi, fort semblable, galvanisant ainsi l’aspect épique, "viking", des titres. Mais avec ce réenregistrement, c’est aussi l’agressivité des compositions qui en profite. Bien plus énergique et survitaminé, "Dämmertage" se dévoile dans le sens propre et figuré du terme, avec ses leads contagieux, hyper entraînants et bien dopés par les nappes discrètes des claviers. Même ressenti avec "Auf Alten Pfaden", dont le parallèle avec WINDIR résonne encore comme une évidence sans que je ressente une quelconque copie pâle et fade.
Au contraire, c’est cet esprit vif et vivifiant si propre au style de Valfar que l’on perçoit dans celui de Nachtsturm. Le mouvement est permanent, les mélodies sont héroïques et nous font traverser des paysages forestiers tout à la fois majestueux et mystiques. Et, à l’instar de notre regretté Norvégien (paix à lui !), Nachtsturm s’inspire du folklore baviérois, des traditions locales et des superstitions rurales, comme l’ont fait et le font encore DRUDKH mais aussi FALKENBACH, pour tisser une ambiance mystérieuse et « hors du temps ». "Im Nachtenschein", le seul titre qui n’appartient pas au "I" de 2007 mais bien à une plus ancienne démo, "Nachtvolk", sortie en 2002, passionne par la tension montante qu’il distille d’un Black Metal aux abois et cavalant à travers les plaines et les cieux nocturnes. C’est à nouveau un WINDIR, mais cette fois-ci spectral et belliqueux, que "Wenn Dereinst Der Berg Rief" nous convie à rejoindre, les yeux écarquillés par la beauté envoûtante de ses rythmes lascifs et hypnotiques, de sa basse ronde et intrigante, avant que d’ultimes assauts de blasts et d’attaques viennent y mettre un coup d’arrêt et faire rupture. Le titre s’apaise enfin dans un passage atmosphérique final – que n’aurait pas renié LIMBONIC ART – de près de quatre minutes…
"Alle Hernach" résonne dans mon for intérieur comme un des albums de l’année. J’ai été littéralement et instantanément sous le charme de cette pochette et de son contenu sonore. Tout à la fois fascinant et majestueux (au risque de me répéter encore et encore), cet hommage marqué pour la magie éternelle du Black Metal de la fin du millénaire et des premières lueurs du nouveau est une respiration ample, saine et nostalgique qui fait un bien fou en 2026. Enfin un opus de fou en cette année complexe pour le Metal extrême. J’étais passé à côté de SCHATTENVALD en mes jeunes années, bien que j’eusse connu CRYPTIC WINTERMOON (un projet plus marqué pour le Nachtsturm de l’époque) et que je vous promette très bientôt une chronique de "The Age Of Cataclysm" ou du précédent EP éponyme. Pour clore cette chronique et revenir à ce "Alle Hernach", je dirais simplement qu’il ne s’agit pas d’un regard tourné vers le passé, mais d’une œuvre qui lui redonne vie. Rares sont les albums capables de réveiller avec autant de sincérité les fantômes d’une époque révolue tout en rappelant que certaines flammes, lorsqu’elles furent allumées par les bonnes mains, ne s’éteignent jamais.