Cet album est un compte à rebours absolu vers l’indicible, un disque qui vous plonge dans un hors-temps angoissant et vertigineux pour regagner l’autre monde. ABIGOR a poussé l’expérience de l’expérimental et de la déconstruction à son paroxysme, avec comme seul dessein de ne laisser aucune prise possible au cerveau pour s’accrocher à un quelconque riff ou passage. En cherchant constamment une structure, ABIGOR s’amuse à la lui retirer avec un dédain complet.
Alors qu’une mélodie apparaît, ABIGOR s’arrange, dans la seconde suivante, pour la faire disparaître définitivement. La batterie, par exemple, dominée par le grand T.T. (de retour depuis "Fractal Possession"), change de logique interne sans prévenir, tout comme les dissonances concassent à loisir chaque ambiance s’installant au niveau des guitares. Les idées apparaissent, se fragmentent, se désagrègent, exactement comme si la composition refusait toute stabilité. La basse, étonnamment mise en avant, rudoie toute micro-mélodie cachée sous les dissonances, tandis que les éructations à l’haleine vénéneuse d’Arthur Rosar prélèvent les restes de vie flottant dans l’air.
Ce disque complexe, qui se déstructure continuellement de lui-même, pourrait même faire passer DEATHSPELL OMEGA pour un groupe accessible et lisible. Ces deux longs titres fragmentent la réalité ; leurs architectures sonores sont éprouvantes pour le cerveau. Inaccessible et inapprivoisable, "Time Is The Sulphur In The Veins Of The Saint - An Excursion On Satan's Fragmenting Principle" est une folie pure. À ranger aux côtés de certaines œuvres de DØDHEIMSGARD, DEATHSPELL OMEGA, GORGUTS, BLUT AUS NORD ou bien encore KAYO DOT.