AZAGHAL fait partie de l’histoire du Black Metal finlandais à plus d’un titre. Originaire de la petite ville de Hyvinkää où un groupe de MeloDeath fort intéressant, NOCTURNAL WINDS (un bel oublié par ailleurs, dont je vous conseille l’écoute du bel "Everlasting Fall" qui sera chroniqué un de ces jours par ici), officiait déjà avec quelques influences, AZAGHAL, constitué de deux amis d’enfance, Narqath et V-KhaoZ (le futur cerveau de VARGRAV, DRUADAN FOREST, OLIO TÄHTIEN TAKANA…), bouillonnait déjà d’ambitions à l’instar d’un certain Shatraug (HORNA, SARGEIST, VORDR…) autre part en Finlande. Dès le milieu des années 90, le duo essaie de trouver un quelconque moyen d’enregistrer sa prolifique inspiration et c’est le coup de pouce des grands frères de NOCTURNAL WINDS qui sera bienvenu. À cette époque également, le duo de copains d’enfance rase un peu les murs dans sa ville, qui est sous le feu des projecteurs suite à la découverte d’un corps démembré que la vindicte populaire impute à un rituel sataniste…
Cela n’entame pas pour autant la volonté de Narqath de finaliser un premier album en 1999, qui reste pour moi une référence importante de la scène finlandaise et que je trouve toujours aussi excellent des années après : "Helvetin Yhdeksäs Piiri (The Nine Circles Of Hell)". Pourtant, AZAGHAL se fera connaître plus largement au-delà de ses frontières avec son troisième opus : "Of Beasts And Vultures", sorti en 2002, moins mélodique et magnétique selon moi, mais bon, vous savez, les goûts et les couleurs… V-KhaoZ quittera définitivement le groupe par la suite, après une ultime brouille avec le chanteur Varjoherra que Narqath, le compositeur de AZAGHAL, préférera conserver… Mais rassurez-vous, je vais arrêter là les potins. Pour ce qui est du AZAGHAL de 2026, notons que "Nekrohelios" est le quatorzième album. Si AZAGHAL est toujours resté un peu plus confidentiel que d’autres groupes de Black Metal finlandais (IMPALED NAZARENE, HORNA, WARLOGHE, CLANDESTINE BLAZE…), concédons-leur qu’ils n’ont point chômé et sont restés assez constants dans leur production.
Maintenant, allons au cœur de ce nouvel album et plongeons-y, car s’il brûle toujours du même feu ardent originel, il reste néanmoins de bonne facture. Il ne révolutionnera rien mais ce n’est pas ce qu’on lui demande. Un bon album de Black Metal finlandais doit comprendre cette mélodicité contagieuse et cette sauvagerie froide et belliqueuse transportées par les ambiances créées. Avec "Nekrohelios", il subsiste bien quelques points d’achoppement, notamment cette linéarité des titres qui ne permet pas véritablement d’en promouvoir un plus qu’un autre, mais il y a d’excellents passages. Je retiendrai donc les morceaux les plus entraînants que sont "Rottien Valtakunta" avec sa belle agressivité bien mordante et ses leads dentelés, "Elysium" avec ses brumes atmosphériques, "Vihan Ruoska" pour son côté entêtant et son refrain fer de lance. Concernant les autres titres, je reste emballé ; aucun n’est désagréable ni bâclé, mais ils paraissent davantage monotones.
Parler de ce nouvel album était aussi un prétexte pour replonger dans les racines de ce groupe formé sous l’impulsion de Narqath, biberonné lui-même par le "Tol Cormpt Norz Norz Norz" de IMPALED NAZARENE. S’il ne sera pas non plus l’album de l’année, il maintient la belle forme du projet et c’est déjà ça. À une époque où tant de formations historiques peinent à conserver leur flamme ou s’égarent dans des expérimentations douteuses, AZAGHAL poursuit sa route avec une sincérité intacte. Sans éclat particulier mais sans véritable faux pas, "Nekrohelios" demeure un cru solide qui satisfera sans peine les amateurs de Black Metal finlandais traditionnel.