CELESTIA a été le projet principal de Noktu, créateur de l’éminent label Drakkar Productions. Membre émérite du Black Metal dans les années 90, il a permis de promouvoir nombre de groupes, soutenant fortement la scène underground française, notamment celle dite des Légions Noires, un obscur réseau de Black Metal centré en Bretagne. Même si l’histoire retiendra cette accointance entre Drakkar et ce groupuscule obscur, Noktu produira bien plus d’autres choses et ce, dès les débuts du label. En parallèle de ces premières activités de production et de distribution, Noktu vendait des disques sur les parkings de concerts et bossait chez un disquaire spécialisé dans la musique des années 60 et 70. C’est finalement à l’aune de l’année 2000 que Drakkar Productions deviendra son activité à temps plein.
Le sieur vécut un temps dans un château aux abords de Nîmes pour vivre à sa façon, ouvrant ses portes aux dangereux de la scène française (PESTE NOIRE, MÜTIILATION, DEATHSPELL OMEGA…). Personnage controversé mais ô combien intègre et authentique, avec sa propre vision et son idéologie, Noktu a toujours été impliqué auprès de la scène française. Faisant partie de ces incontournables sur qui cette scène a toujours pu compter, malgré les menaces et les boycotts, la couardise et l’infamie, il s’est toujours défini comme « anti-anti », un de ceux qui combattent le diktat de la bien-pensance œil pour œil, dent pour dent. À la fin des années 90, et après plusieurs démos, sa rencontre avec Fureïss forme le premier liant du projet CELESTIA et consacre son âge d’or. Cette collaboration est essentielle pour comprendre "A Cave Full Of Bats". Là où Noktu apporte l'imaginaire romantique, morbide et spectral, Fureïss apporte une sensibilité mélodique très particulière qui distingue immédiatement CELESTIA des groupes de Black Metal plus agressifs de la même période.
Ce premier EP introduit en effet un mélange inhabituel de riffs mélodiques et mélancoliques, de claviers discrets mais très évocateurs et d’ambiances de ruines, de forêts nocturnes et de romantisme décadent. Dans une version bien plus Black Metal que FORBIDDEN SITE et pouvant se rapprocher, dans un style bien moins survolté et symphonique, de ANOREXIA NERVOSA, ce premier EP préfigure en partie, grâce à son esthétique, cette future scène atmosphérique française du Black Metal. Comme une beauté malade ou une nature majestueuse flétrissant et s’éteignant, la tristesse romantique, la solitude et l’errance contenues à bonne dose au sein de ces quatre titres exhalent leur poison mortel. "A Dying Out Ecstasy" est un titre véritablement envoûtant dans tous les sens du terme et préfigure le futur "Apparitia - Sumptuous Spectre" sorti en 2002, ainsi que les premiers élans géniaux de l’autre projet du duo : MORTIFERA. "Prisoner Of A Morbid Cradle" est dans cette même veine courroucée et fantomatique, bien à l’image de cette lugubrité désirée.
Je regrette néanmoins cette batterie bien trop monolithique rythmant les quatre titres et le morceau "The Forest Was A Neverending Place", moins ambiancé que les trois autres malgré une basse bien audible et clairement joueuse. Mais ce qui frappe, à bien réécouter "A Cave Full Of Bats", c’est son atmosphère glaciale, ses riffs se dressant tels des corridors sombres et hantés, ainsi que cette identité bien éloignée du modèle norvégien qui imprégnait pourtant largement les goûts de chacun en ce temps-là. Avec le recul, "A Cave Full Of Bats" s’impose comme l’une des premières pierres tombales du Black Metal Atmosphérique français. Encore rugueux, parfois maladroit, mais déjà habité d’une vision rare, l’EP préfère les brumes aux flammes et les ruines aux champs de bataille. Là où tant d’autres se contentaient d’emprunter des sentiers déjà balisés, CELESTIA façonnait son propre royaume de spectres et de mélancolie. Un disque crépusculaire dont le souffle froid continue, vingt-cinq ans plus tard, d’empoisonner délicieusement les âmes sensibles aux beautés fanées.