Ce groupe allemand s’est métamorphosé au fil du temps, et pas qu’un peu, mais cela s’est fait par étapes. Passant d’un Drone/Black Metal puissant et éthéré rappelant une sorte de LADYTRON réverbéré à fond via des structures de Shoegaze hyper planantes mais copieusement sombres et saturées, à une forme de Darkwave Gothique bien atmosphérique, (DOLCH) est parvenu à ses fins avec cet album de 2022, après avoir emprunté les chemins de la Noise, du Post-Industriel et de l’Ambient. Marqué par son chant féminin occulte et auréolé de nappes cosmiques et stellaires, le groupe tape rapidement dans l’œil du label Ván Records. Influencé par DEAD CAN DANCE — comme nombre de groupes de Metal, faut-il le rappeler — mais également par le Post-Punk et la New Wave des années 80, notamment DEPECHE MODE, (DOLCH) diffuse sa musique comme autant de vapeurs et de brouillards sonores.
Plusieurs démos vont sortir à partir de 2014, regroupées dans la compilation "I & II" que je vous recommande fortement d’écouter (particulièrement les titres "Das Auge" et "Bahrelied"). (DOLCH) va à nouveau muer pour convoler vers des territoires plus nuancés, épousés par l’éther et les drones. C’est un peu la spécificité de leur EP "III: Songs Of Happiness... Words Of Praise", sorti en 2017, toujours chez Ván Records, avec ses structures non conventionnelles, son appétence à dépasser les frontières du Metal et à privilégier bien davantage les atmosphères que le riffing. Relégués dans une autre dimension, les riffs résonnent dans l’espace sonore et superposent leur saturation à des nappes sonores s’érigeant comme des bulles larvées de réverbération. "Feuer", leur premier album datant de 2019, marque la rupture. Les éléments de l’IDM (Intelligent Dance Music) se concrétionnent davantage avec les structures du Metal, ce que "Nacht", qui nous occupe aujourd’hui, concrétisera de manière bien plus aboutie.
Car "Nacht" est exceptionnel dans son toucher prodigieux à mélanger les volutes atmosphériques et les couches sonores. Tout est suspendu dans un air ambiant ouateux, onirique et voyageur. C’est toute la force de cet album que j’ai adoré dès sa sortie. Les Allemands de (DOLCH) utilisent leurs meilleurs atouts, fruits de leurs mues successives. Le chant de M est un guide permanent entre les nappes froides des synthétiseurs (*) et les rythmes hypnotiques qui scandent les changements de paysages sonores. Envoûtante jusqu’au dernier degré, sa voix nous berce avec la caresse d’un vent rebelle, et cette douceur dérègle notre pesanteur. Nous flottons à mesure que le vide béant se forme au-dessous de nous. Si, sur les anciennes productions du groupe, la voix de M pouvait être intégrée au mix sans trop s’en détacher, elle est, sur cet album, très mise en avant. "Nacht" est cependant plus doux et accessible ; son abord est également encore plus mélancolique.
Alors, si je voulais extirper quelques titres de cet album et leur tresser quelques louanges, je serais dithyrambique avec "Open", d’une beauté folle, ou bien encore avec "Coda", qui clôture l’album sur un versant Doomy lascif comblé de ténèbres. Se partageant le chant avec M, le guitariste T fait également des merveilles sur "I Am OK (Hydroxytryptamin Baby Part II) +++", ou au sein du très beau morceau "Into The Night", où il partage le lead avec elle, rappelant de temps à autre les performances vocales de Brendan Perry et Lisa Gerrard de DEAD CAN DANCE. Si vous êtes amateurs de voyages et d’ambiances dentelées et délicates, cet album est fait pour vous. (DOLCH) est un groupe assez exceptionnel et reste guidé par sa conception artistique plutôt que par des raisons commerciales. Leur anonymat leur permet également d’être libres dans leurs choix esthétiques et leurs métamorphoses successives. Peu de formations parviennent à changer autant sans perdre leur identité profonde. Avec "Nacht", (DOLCH) atteint un équilibre rare entre obscurité, émotion et contemplation, signant l’un des plus beaux disques de Darkwave Gothique de ces dernières années.
(*) Les membres de (DOLCH) préciseront par la suite qu’aucun synthétiseur n’a été utilisé sur cet album. Ces nappes sonores si caractéristiques proviendraient en réalité de guitares lourdement retravaillées en studio.