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Ninnghizihdda - Blasphemy
Chronique par Storm - Publiée le 13/11/2025
Ninnghizihdda - Blasphemy
Note : 5.5/6
Genre : Symphonic Black Metal
Année : 1998
Label : Invasion Records
Pays : Allemagne
Durée : 41:47
Tracklist :
1.
Moonlight Serenade
05:52
2.
Of Demons and Witches Part I
03:07
3.
Baphomet (In the Name of...)
04:19
4.
Reach the Jewels Gleam
03:57
5.
Of Demons and Witches Part II
03:18
6.
Dressed in Mourning
02:34
7.
The Horned Serpent
04:37
8.
Crucify the Lambs of Christ
03:23
9.
Deny Thy Philosophy
04:01
10.
Nailed upon a Cross
04:46
11.
Ode to the Horned Majesty
01:53

Peut-être que savoir prononcer le nom du groupe d’une traite et de mémoire est un exercice intéressant pour veiller à sa cognition. C’est comme un ancien prof de Fac qui m’avait dit que savoir écrire correctement Rorschach, du nom du psychiatre et psychanalyste suisse qui a produit le fameux test projectif que peut-être vous avez passé ou connu lors de votre tendre enfance, était sans doute le plus intéressant à savoir… Pour le coup, les Allemands de NINNGHIZHIDDA, en empruntant le nom de la divinité serpentine de l’Underworld dans l’univers lovecraftien (gardien des portes d’Ishtar), ne se sont pas facilités la tâche mais nous ont donné cependant quelques indices. "Blasphemy" est le premier album du groupe, construit récemment, et la signature de celui-ci avec le label Invasion Records est une très bonne chose.

Je concède aisément que la pochette de "Blasphemy", paru dans plusieurs Metallian de l’époque (Invasion n’était pas avare d’encarts publicitaires pour donner de la visibilité et mettre en lumière ses jeunes poulains), m’avait passablement intrigué. Pas très avenante, elle dégage pourtant quelque chose qui ne m’a jamais laissé indifférent. La lecture de l’album, et j’en prends les paris aussi pour vous, va très certainement vous donner bien du plaisir. Vendu comme du Black Symphonique, "Blasphemy" est en effet très porté par les claviers, mais ces éléments orchestraux sont portés par des vocaux, du riffing, des solos trônant et se dissipant à la lisière du Black et du Death Metal. Cela fonctionne admirablement, et cette originalité permet à NINNGHIZHIDDA d’échapper à la tentation de les enclaver comme des seconds couteaux très DIMMU BORGIR-ens dans l’esprit ; bien que les éléments assez gothiques de certains motifs sonores ne soient pas à renier.

Il y a beaucoup de choses positives à dire sur cet album. Déjà, en premier lieu, si l’on procède un peu à son analyse, il est de bon ton d’indiquer que les Allemands brillent par cet équilibre vraiment intéressant entre riffing efficace, inspiré, et claviers suffisamment présents, produisant de très belles nappes atmosphériques jamais trop pompeuses ni grandiloquentes. D’autre part, les Allemands expérimentent beaucoup et produisent différents tableaux sonores toujours passionnants à écouter. Prenez le temps donc de poser vos oreilles sur le beau titre, "Of Demons & Witches, Part 1", teinté de romantisme un peu à la CRADLE OF FILTH avec son riffing Mélodeath soyeux et beau à la fois. Écoutez aussi le très réussi "Deny The Philosophy", un de mes titres préférés de l’album, avec son début déroutant Électro, puis ce très beau dialogue entre deux chanteuses invitées sur l’album et l’alternance des grunt de Mephistopheles et des scream de Kerberos. Le côté opératique fonctionne très bien et donne une sacrée plus-value à l’album. Nous pourrions en dire de même sur le titre excellentissime qui précède celui dont nous venons de parler, "Crucify The Lambs Of Christ", avec sa mélodicité superbe et son solo très accrocheur (entre autres pourrait-on dire, car les claviers sont tout aussi passionnants sur ce morceau).

Pour être tout à fait exhaustif, il me faut aussi vous parler d’autres très beaux titres. L’emporté mais aimantant "Baphomet (In The Name Of…)", avec ses claviers jaillissants telles des perles sombres imprégnées d’un soupçon d’astralité et ses lignes de guitare intenses. Ou bien, pourrais-je vous dire un mot encore à propos de la très belle introduction de deux minutes du titre "Reach The Jewels Gleam". Des belles envolées atmosphériques du titre instrumental et rêveur "Dressed In Mourning", ou de la si surprenante outro, qui n’en est pas une, "Ode To Thy Horned Majesty", avec la fulgurance de ses leads, son ambiance divine et introspective, et cette alternance toujours bien ficelée entre les deux lignes de chant de Kerberos et de Mephistopheles…

Je m’arrête là, mais vous m’avez compris, "Blasphemy" sort du rang et recèle de beaux joyaux mélodiques et symphoniques. Pas grand-chose de critiquable finalement, hormis un titre plus faible : "The Horned Serpent". Les Allemands de NINNGHIZHIDDA auraient pu avoir un peu plus de monde à leurs pieds. Que leur a-t-il manqué ? Peut-être des concerts et une diffusion plus importante. Le groupe n’a pas eu de chance, car peu après la sortie de "Blasphemy", le manager d’Invasion Records, Maja, disparaît brutalement, s’envolant avec la caisse et les derniers espoirs. Le groupe n’a alors plus les moyens de promouvoir leur album, ce qui les contraint à envisager de s’axer sur d’autres priorités : le travail pour certains, les études pour d’autres. DARK FORTRESS, AGATHODAIMON, dont ils ont pu être proches en termes d’amitié et d’influences, n’ont pas essuyé les mêmes écueils, et ont eu le succès que l’on connaît. Mais, les Allemands de NINNGHIZHIDDA n’ont pas dit leur dernier mot. Après une démo parue en 1999, "Mistress Of The Night", le groupe va réussir à signer avec Displeased Records et produire un ultime album "Demigod" en 2002, dont je vous parlerai un de ces jours. En attendant, écoutez-moi donc ce "Blasphemy", je vous prie, c’est une pépite incroyable !

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