Avec un premier album du feu de dieu sorti en 2019, "Burning Banners Of The Funereal War", le duo finlandais de WARMOON LORD nous avait sacrément renvoyé à la gueule cette atmosphère bien glauque des 90s, là où des entités malfamées telles que EMPEROR, OBTAINED ENSLAVEMENT, SORHIN, SETHERIAL, VINTERLAND, THY SERPENT, ou bien encore COVENANT maîtrisaient sauvagement en matant une concurrence parfois désuète. Cette première pierre à l’édifice de WARMOON LORD se ruait aussi dans les bras d’un Raw Black à la DARKTHRONE sacrément bien ficelé, avec mélodies entêtantes, grésil de riffs, brouillard hypnotique à couper à l’épée, ambiances ténébreuses et nappes de claviers hantés…
Si le deuxième album avait perdu un peu de la superbe du grand frère, "Sacrosanct Demonopathy" est sacrément attendu par les amateurs avertis de dinguerie finlandaise, à ce Black Metal légèrement teinté de volutes épiques et symphoniques, mais dont l’agressivité primordiale nous rappelle surtout les infréquentables compatriotes finlandais que sont SATANIC WARMASTER et GOATMOON. C’est donc le cœur tambour battant, et plein d’espoir sauvage, que les fans – dont je fais partie – ont démarré la lecture de cette troisième diablerie. En retournant les croix dans mon cœur, et en écoutant l’introduction démoniaque, "Warpoems & Tragedies", superbement immersive et à l’ambiance lunaire, j’avais déjà déposé les armes et me laissais prendre la main pour aller fouler la terre friable des ténèbres.
Mais une pluie glaciale, sortant d’un brouillard agressif, allait pourtant, au fur et à mesure, me figer dans mon effroi. Tout ne démarrait pas si mal avec "Invoking The Retribution Eidolon", un titre entraînant au fort accent mélodique et Heavy metallisé sur les leads. Le très beau passage atmosphérique sur le titre suivant, "A Hungering Yoke", nous marquait au fer rouge la peau de ce Black Atmo/Sympho d’antan si cher à nos cœurs. J’avais comme l’impression soudaine de réentendre le "In Times Before The Light" des Norvégiens de COVENANT du temps de leur splendeur, et même les accents véloces et féroces des premières œuvres de …AND OCEANS. De manière plus contemporaine, ce troisième album pourrait nous rappeler aux entournures les élans atmosphériques d’un V-KhaoZ au sein de VARGRAV, ou d’un THE CHAMBERLAIN.
Mais il faut bien se rendre à l’évidence : si la vélocité est de mise, la production plus cristalline comparativement aux deux opus précédents, les tempos bien plus emportés, quelque chose ne prend pas au sein de "Sacrosanct Demonopathy". À l’évidence, le riffing n’est pas foncièrement le coupable, car ses mélodies restent qualitatives. Les claviers échappent aussi à cette vindicte, tant ils apportent quelques soubresauts fantomatiques bienvenus. Peut-être sont-ce les longueurs et la sensation de superposition ou d’assemblage des ambiances qui, cette fois-ci, ne matchent pas. "Uncreation’s Dragon" et "His Enigmatic Ways" (hormis, pour ce dernier, son break très beau à 3:00) ne m’ont guère convaincu. WARMOON LORD m’évoque aussi, par endroits, le "Opus IV" d’ABIGOR, notamment avec ses emportements belliqueux et ses breaks acoustiques ou atmosphériques dont on peut apercevoir l’influence sur un titre tel que "Daemonic Supremacy Enthroned".
Avec sa belle pochette, qui nous rappelle celle du dernier VARATHRON, WARMOON LORD avait de quoi électriser de manière préventive les cerveaux. Mais, moyennant un nombre supplémentaire d’écoutes consciencieuses, ce nouvel album peine à me convaincre totalement. C’est une déception, puisque j’attendais dans mon for intérieur, et secrètement, un album Raw et vaporeux, sur fond de paysages nordiques inhospitaliers. Mais je modère tout de même mon propos : le duo finlandais emmené par le mystérieux Lord Vrăjitor nous laisse une copie digne d’intérêt, et toujours aussi savamment travaillée. Le titre final instrumental "Torch Of Magickal Arte" clôt brillamment l’album, à l’instar de "Warpoems & Tragedies", le titre introductif. Ma critique est sans doute bien vaine, lorsque l’on saisit le grand soin que le duo a porté à leur troisième sortie. Néanmoins, si 2025 est l’année du Black finlandais, WARMOON LORD n’aura pas réussi à challenger une place pour accéder au podium.