Je l’attendais tout de même ce nouveau WINDSWEPT. Je suis tellement reconnaissant de nombre d’œuvres de Roman Saenko que je ne saurais passer outre l’écoute d’une des sorties de ses projets. L’ours ukrainien conserve toujours sa superbe et sa prime jeunesse, malgré, il est vrai, une certaine redite parfois dans ses compositions. Pourtant, des plaines sauvages lasses et fumant la haine tenace surgissent encore les chants vaillants et belliqueux des soldats que Saenko et ses fidèles sbires traduisent solennellement avec les armes du Black Metal. WINDSWEPT pourrait être la synthèse d’un DRUDKH ayant fusionné avec HATE FOREST. De tous les projets des Ukrainiens, il pourrait être le plus conventionnel. Avec Roman, nous retrouvons ses frères d’armes habituels, qui sont de tous les mauvais coups : le bassiste Krechet et Vlad le batteur.
Et comme à leurs habitudes, nous aurons droit à de belles mélodies et à quelques moments suspendus dans le temps. Si les deux premiers opus de WINDSWEPT ne m’avaient pas laissé un souvenir impérissable, ce "The Devil’s Vertep", s’il ne renverse pas la table, là n’est point son but, maîtrise bien plus ses atmosphères et ses émotions. Narratif et conceptuel, l’album s’inspire du « Black Book Of Kremenets Castle : 1747-1777 », qui relate les procès en sorcellerie ayant eu lieu dans ces années-là. Bien que partiellement en ruine, les structures de cette forteresse médiévale abritaient l’institution judiciaire où furent jugés et exécutés notamment des Juifs. Les Ukrainiens de WINDSWEPT reconstituent ainsi musicalement les atmosphères de dénonciation, d’interrogatoires et de verdicts des procès en en reflétant la violence et la paranoïa.
Les titres sont bruts et puissants. La section rythmique a son mot à dire tout du long de l’album et le jeu de Vlad est précis et solide, tant et si bien qu’il fera littéralement trembler vos baffles. Certains titres vont rafler la mise avec leur impact émotionnel durable (si je peux m’exprimer ainsi). Je pense notamment au majestueux et acmé de l’album, "Torture & Confession", ballade sonore un poil DRUDKH-ienne, mais également à "The Potion", qui reprend la même recette, mais en plus survoltée. La frappe de Vlad, bien mise en avant, nous donne cette impression d’être quasiment derrière les fûts. Et puis nous avons aussi le mélancolique "Infanticide" et l’envoûtant et hypnotique "Verdicts", qui conclut l’album avec maestria.
Lorsque le disque s’arrête, il ne demande qu’à être remis, et c’est cela la force de ce "The Devil’s Vertep" : sa longévité. Certes, ce ne sera pas le disque de l’année, mais Saenko et sa bande auront marqué un très bon point. Le projet WINDSWEPT nous revient avec un album enfin inspiré et copieux au niveau des ambiances. Après le magique "Shadow Play" de DRUDKH, paru en ce début d’année, et le non moins terrifiant "Against All Odds" de HATE FOREST, Roman Saenko prouve que dans l’adversité, seuls les plus ambitieux se renforcent et tiennent le coup. 2025 est une année chargée pour l’Ukrainien, mais c’est le panier chargé de munitions qu’il reconquiert ses terres.