Le légendaire combo norvégien MayheM sort son 7e album après plus de 40 ans de rites funéraires, de mutilations et de chroniques macabres aussi sordides que variées. Mais aujourd'hui, que reste-t-il de ce groupe pionnier et fondateur de la seconde vague scandinave ?
MayheM a su proposer, à travers les âges, des albums insolites sur le fond comme sur la forme. On se rappelle de Grand Declaration of War avec son caractère radical, industriel et électronique qui a divisé l'opinion. C'est l'arrivée de Blasphemer en 1994 qui a apporté du sang frais à MayheM avec une vision incisive et directe du riff, quelque chose de viscéral et sauvage, et probablement moins crépusculaire qu'avec Euronymous sur De Mysteriis Dom Sathanas. Le guitariste est donc devenu la tête pensante du combo.
Les albums se sont "enchaînés" avec les monolithes que sont Chimera, brutal et sanguin, ou Ordo Ad Chao, oppressant et répressif. Teloch remplace Blasphemer en 2011 et un changement de paradigme opère pour l'hydre scandinave. De mon point de vue, Teloch est un excellent musicien, il le prouve avec son projet Nidingr (notamment avec l'EP Wolf-Father). Évidemment, passer après Euronymous (et Snorre Ruch dans l'ombre) et Blasphemer se révèle être un défi, car composer pour MayheM est avant tout une profession de foi ! Esoteric Warfare et Daemon sont deux albums moins singuliers et plus contractuels que leurs prédécesseurs. Le vrai riff a laissé place à des lignes moins primitives où le relief s'est fait plus lisse. La musique est plus prévisible et comme à leur habitude Hellhammer et Attila contrebalancent et sculptent les partitions de manière irréprochable.
Liturgy of Death pourrait être l'album décisif. J'ai écouté l'album sans appréhension, d'ailleurs je n'attendais plus rien de MayheM. Il n'est rien ressorti des premières écoutes, difficile de retenir la moindre chose, tant le tout semble dilué. Il m'a fallu une quinzaine d'écoutes sur différents supports pour en extraire quelque chose et entrer dans l'album. À présent, je peux affirmer sans me tromper que l'album n'est pas l'opus de la résurrection. Il n'est pas ce que j'attends de MayheM et même plus précisément d'un album de black metal. Les riffs ont peu d'identité, ils ne provoquent pas l'effet escompté. On note que la production se fond dans les standards actuels, ultra éditée et compressée, ce qui a tendance à formater la musique. De ce fait, les ambiances sont plus artificielles. Soyons clairs, les compositions sont bien torchées et l'exécution sans faille. En revanche, on constate que le caveau d'Oslo a été vidé de sa substance, point d'ambiances sépulcrales comme sur De Mysteriis Dom Sathanas, absence de lacérations guitaristiques comme sur Chimera, pas de claustrophobie comme sur Ordo Ad Chao. Liturgy of Death est presque un album consensuel, destiné à draguer large, au-delà du public habituel.
Je pense qu'avec les années l'authenticité a laissé place au simulacre, au déni du réel. Liturgy of Death est plus un "tract de propagande" pour amener un nouveau public sur les dates de concerts qu'un album fait par dévotion pour corrompre et pervertir notre esprit. Comme Vader ou Marduk, MayheM est devenu une machine de tournée. Malgré cette critique, Liturgy of Death reste un album de metal moderne agréable à écouter, intense et sans temps mort, encore faut-il réussir à l'appréhender et le pénétrer. L'adepte de musique extrême rapide et puissante qui ne cherche pas à recevoir une pluie de rats crevés sur lui, devrait y trouver son compte. Le fan acharné se jettera sur les objets de collection. De mon coté, je l'écoute avec une certaine légèreté et surtout pour la performance de l'implacable duo Hellhammer et Attila. Le néophyte sera sans doute ravi mais devrait plutôt s'attarder sur les albums que j'ai cités plus haut s'il souhaite retrouver la substance qui a donné ses lettres de noblesse à MayheM.
Que l'on aime ou non, MayheM est toujours là en 2026, ce qui dans le petit monde du metal extrême reste une prouesse, au vu du parcours chaotique du combo norvégien. À défaut de disséminer la pestilence, MayheM, tel un gourou, cherche à convertir de nouveaux adeptes. Pour se faire entendre, MayheM se forge une identité visuelle bien travaillée et une esthétique sonore plus aseptisée. Sans doute moins intègre et exigeante, plus sage aussi, la musique du quintette est là pour fédérer plus que pour infecter.