C’est avec le bruit d’une pluie battante sur la tôle d’un toit que le nouveau voyage des Russes de OLHAVA démarre. Quatre minutes d’introduction de Field Recording permettent de nous mettre en condition pour une immersion au plus profond de notre intimité afin d’accueillir enfin une submersion d’émotions refoulées. De quoi avoir le temps également de baisser la lumière et de laisser quelques rais de lune transpercer nos yeux, de percevoir des formes inconnues danser derrière nos paupières, ainsi qu’une énergie glisser le long de notre corps comme un souffle pulsatile protecteur. "Memorial" est déjà le septième album d’Andrey Novozhilov, toujours accompagné de son fidèle compagnon Timur Yusupov à la batterie, mais cet opus est aussi le plus éthéré de la discographie et, par conséquent, le plus rêveur de tous. La guerre et la haine sont passées par là-bas, dans les contrées d’OLHAVA. De quoi cultiver la lumière, la rédemption et l’espoir d’une main tendue altruiste et porteuse de pardon.
"Memorial" reprend aussi à son compte les pérégrinations majestueuses de ses instrumentales nommées "Ageless River" qui étayent à nouveau, comme auparavant "Ladoga", le magnifique troisième album, l’avait initié et que le dernier opus en date, "Sacrifice", avait très correctement prolongé. Noyée comme toujours dans le fuzz et la reverb des guitares, la musique de OLHAVA aime à s’endraper de notes poétiques virevoltantes, tournoyantes et nuageusement orageuses. Cette fois-ci pourtant, les éléments du Post-Black Atmosphérique sont plus prégnants que jamais. Les Russes gagnent en densité aérienne, là où la morsure du Black Metal initial et son saccage de rythmes endiablés continuent à se désagréger dans l’éther de longs titres hypnotiques. La voix également d’Andrey s’est encore davantage noyée dans le mix, ce qui lui donne aussi un côté spectral ou cosmique (c’est selon).
L’album se veut ainsi plus lumineux et mélancolique à la fois. Généreux, comme toujours, de par ses très beaux leads enrubannés de gaz stellaire, "Memorial" nous guide, dans la nuit de ses riffs, à toucher notre esprit. Les rythmes de Timur Yusupov restent peu variés sur nombre de titres, mais cette « blasterie » imposée permet d’inonder l’écoute d’une transe irrésistible et onirique. Pour écouter OLHAVA – comme à l’accoutumée –, il vous faudra obligatoirement vous laisser aller à lâcher prise, à être accueilli dans les mains de l’abandon et du rêve et/ou vous plonger dans cet état hypnagogique stuporeux où règnent les libres associations qui répareront votre être… Le titre éponyme est juste superbe. Il me conduit à gagner cette cabane interdite et secrète et à passer le pas de porte pour y voir mon double ou mon autre. J’apprécie aussi la délicatesse infinie de "Ageless River XIII" qui clôt l’album magnifiquement, si bien qu’il m’est difficile de rouvrir les yeux à l’issue. Notez encore la deuxième moitié de toute beauté de "When The Ashes Grow Cold", conduite précieusement par des ambiances ensorcelantes et magnétiques.
OLHAVA sait toujours aussi bien parler à nos neurones, et la musique d’Andrey Novozhilov agit comme une relaxation profonde volontiers potentialisée par les boucles sonores des guitares aériennes et ce dessein, finalement peu varié depuis les débuts de ce projet, de manier les influences du Shoegaze et du Post-Rock au service d’un Black très Atmosphérique teinté d’Ambient, qui privilégie toujours l’émotion plutôt que l’agressivité. Je suis peut-être un peu moins en phase avec ce léger tournant Post-Black, amorcé déjà sur l’album précédent, "Sacrifice". Néanmoins, les Russes font partie du haut du panier et restent inimitables. Ce septième album ne trahit aucunement l’identité singulière de ce projet et le degré émotionnel très élevé qu’il confère à chaque écoute. J’avais quelques attentes concernant cela, et "Memorial" ne m’a pas du tout déçu.