En tant qu’amateur et/ou passionné de Black Metal, il est très facile de passer à côté de belles pépites méconnues, de part le nombre de nouveautés produites chaque mois (pour ne pas dire chaque jour, si l’on suit un grand nombre de canaux de diffusions) ou tout simplement par manque de temps, voire même de motivation (et oui, ça arrive aussi aux meilleurs). Et il n’en faut parfois pas beaucoup plus qu’une bonne newsletter à l’ancienne accompagnée d’un artwork engageant pour faire de fabuleuses découvertes. C’est en tout cas ainsi que je suis personnellement tombé sur ce Memorial du groupe Russe Olhava, pourtant en activité depuis déjà dix ans.
Annoncé par Avantgarde en même temps que l’exceptionnel The Outsider de Old Sorcery, ces deux sorties, entre autres, constituent de fait un début d’année quasiment parfait pour le vénérable label Italien. J’ai évoqué l’illustration de couverture un peu plus haut car je la trouve magnifique : une petite maison à l’unique fenêtre qui éclaire chaudement la sombre forêt au fond de laquelle elle se trouve. On respire la nostalgie et le souvenir d’un endroit réconfortant peut-être à jamais perdu si ce n’est dans notre mémoire.
Passons la porte de cette maison pour entrer dans le vif du sujet. L’album se compose de huit morceaux, dont quatre instrumentaux ambient (« Ageless River » X à XIII, les neuf premières itérations se trouvant sur les albums Ladoga (2020) et Sacrifice (2024)) qui apportent de salutaires respirations tout au long des quasiment une heure vingt minutes qui nous attendent ici. L’ensemble étant d’ailleurs conçu pour s’écouter d’une seule traite (les chansons s’enchaînent naturellement et sans coupures), cette construction prend tout son sens dès le début. Le morceau d’ouverture ambient introduit parfaitement « After I’m Gone », avec une montée en puissance progressive nous amenant à un déchaînement de blasts, qui portent néanmoins une très belle mélodie aux claviers omniprésents. La variété de la composition est également à noter, avec un morceau qui nous propose des changements d’ambiance et de rythme très bien sentis.
Et ce n’est que le commencement, puisqu’on enchaîne sans interlude sur les vingt minutes du titre suivant « When The Ashes Grow Cold ». Je pense d’ailleurs qu’on peut considérer cet enchaînement comme un seul bloc au sein de l’album tellement ces deux chansons sont complémentaires, et en constituent pour moi le pinacle. Le duo de Saint-Pétersbourg maîtrise son sujet de la plus belle des manières en nous offrant un black atmosphérique d’une qualité assez rare, même si je trouve le chant beaucoup trop en retrait de tous les autres instruments, ce qui est assez étonnant vu l’excellence de la production. Je ne peux pas parler en détail de tous les morceaux, car tous ont leurs propres qualités (et toujours ce même défaut des vocaux pas assez mis en avant), mais sachez que Memorial, dans son intégralité, vaut absolument le temps que vous pourrez lui consacrer.
Arriver à maintenir l’auditeur sans qu’il ne décroche pendant de telles durées indique bien un réel talent de musicien, pour autant que l’auditeur en question soit capable de s’abandonner pleinement à cette écoute. Olhava a fait l’effort de nous faciliter l’accès à leur monde, sachons saisir cette opportunité pour débrancher et nous évader.