Deux mois seulement après son premier EP, l'énigmatique entité qu'est Ehtëk publie un nouvel enregistrement, composé d'un diptyque avoisinant au total la demi-heure. Le mystère de la personne se cachant derrière ce projet demeure toujours entier, même s'il serait trop facile de désigner Damián Antón Ojeda (Trhä, Sadness, etc.). L'univers et l'approche musicale sont comparables, mais il s'agit plus probablement de deux individus bien distincts, certains détails ne trompent pas.
En tout état de cause, le stakhanovisme musical et la qualité de composition semblent également être des points communs, chacun dressant des mondes oniriques faits de subtiles nuances. Si la première offrande d'Ehtëk avait su attiser ma curiosité sans toutefois me convaincre pleinement, ∆'díurd Ïəb Ádar≬m'al transforme admirablement l'essai.
Cet EP gagne en maturité et en cohérence, aussi paradoxal soit-il compte tenu du court délai séparant les deux opus. La production se bonifie légèrement en profondeur et en clarté, mais c'est surtout sur le plan des compositions qu'il se démarque. On retrouve bien sûr ces vocaux mêlant détresse et démence, tandis que l'atmosphère mélancolique prend le pas sur les autres émotions. Les mélodies convoquent la nostalgie et la tristesse, le tout enrobé de poésie lorsque retentissent piano et violon, ou quand le tempo ralentit pour des moments suspendus entre deux crises de folie.
Ehtëk parvient à ouvrir une brèche dans les cicatrices de ses auditeurs, pénétrant jusqu'aux tourments de l'âme. Jaillit ainsi un flot ininterrompu de stigmates qu'on aurait volontiers laissé bien enfouis. On se laisse alors embarquer dans cette introspection contrainte - et pourtant délicieuse -, malmenée par ces lignes de guitare et ces hurlements plaintifs. Le paroxysme de ces sombres émotions s'atteint à chaque fin de morceau dans une sorte de doux pessimisme, décuplé sur les trois dernières minutes : une euphorique tristesse conclut cette parenthèse introspective.
Un EP qui s'adresse à ceux pour qui sensibilité et Black Metal ne sont pas antinomiques.