Il faudrait un jour délier les langues une bonne fois pour toutes à propos du parcours musical de DARKTHRONE qui n’est pas des plus brillantissimes depuis la fin des années 90. Pas sûr que grand monde n’oserait contredire cela. Pourtant, jouissant encore d’une aura exceptionnelle, nos deux bougres continuent à faire jaser depuis qu’ils ont embrassé leur seconde vie, celle où Nocturno Culto et Fenriz, fatigués de l’orthodoxie prégnante du Black Metal, décident de moins l’embrasser et d’en utiliser seulement encore quelques fragments au profit d’un basculement musical tourné vers le Punk/Crust, où les riffs deviennent plus Rock’N’Roll et où le groupe assume pleinement et sans honte ses influences Heavy Metal. Le tournant s’opère avec l’album "The Cult Is Alive", sorti en 2006. Véritable libération artistique, à partir de là, nos deux compères vont fouiller dans leurs vieux amours pour s’amuser pleinement et sans pression.
Je concède volontiers que je ne suis pas forcément friand de tous ces disques qui ont plus ou moins souvent plu aux vieilles générations ayant découvert ou approuvant le Metal de la fin des années 80. Ce nouvel album, le vingt-deuxième (!), joue la carte à fond les ballons du vieux Proto-Metal, ce que son titre et sa pochette suggèrent déjà intensément. Sorte de fusion primitive plus ou moins adroite de CELTIC FROST, HELLHAMMER et surtout VENOM, "Pre-Historic Metal" reste assez homogène et, pour une fois, les nuances de composition entre Nocturno Culto et Fenriz s’entendent bien moins que sur les précédents opus. Côté riffing, c’est comme annoncé : les titres nous proposent un riffing assez efficace mais pas forcément mémorable ; c’est cohérent mais pas surprenant.
Quelques morceaux sortent du lot, justement parce qu’ils quittent cette zone de confort et battent le pavé sur d’autres influences du groupe, notamment celles de Fenriz qui a toujours porté haut et fort son amour pour le côté atmosphérique du Krautrock (que vous trouverez à son acmé sur les deux albums de NEPTUNE TOWERS, un side-project des années 90 chroniqué en ces lieux). Je pense notamment, même si cela reste anecdotique, à l’instrumentale "So I Marched To The Sunken Empire" (clin d’œil à peine voilé à ce projet justement), aux riffs un poil spatiaux contenus dans "The Dry Wells Of Hell" et "Eat Eat Eat Your Pride", ainsi qu’à la fin du très bon titre introducteur "They Found One Of My Graves". Pour le reste, je trouve que cet album n’est pas si abouti, et c’est également pour cela que je le trouve imparfait et un peu monolithique dans son ensemble. Côté filiation, vous pouvez considérer "Pre-Historic Metal" comme l’un des albums les plus aboutis de la période Heavy/Doom de DARKTHRONE démarrée avec "The Underground Resistance" (2013) et surtout "Old Star" (2019).
En faisant les comptes, je dois bien avouer que je retiens un petit tiers de l’album et que le reste me laisse plus perplexe qu’autre chose. Pas sûr que l’album ait besoin d’un quelconque coup de pouce car il sera écouté par une grosse masse de personnes qui approuveront son aspect plus qualitatif, notamment en le comparant aux précédents albums, mais qui n’avoueront peut-être pas ouvertement qu’elles ne l’écouteront plus dans un mois. DARKTHRONE reste malgré tout un cas à part dans l’histoire du Metal extrême. Peu de groupes ayant atteint un tel statut culte se seront permis de suivre une trajectoire aussi libre, erratique et profondément sincère sans jamais chercher à flatter leur propre légende. Même lorsque le résultat divise, Fenriz et Nocturno Culto continuent d’avancer au gré de leurs obsessions de vieux archivistes passionnés, fouillant aussi bien les racines les plus primitives du Heavy Metal que les marges oubliées du Punk ou du Doom. Une discographie de vingt-deux albums menée avec une telle absence de calcul force malgré tout le respect, même lorsque l’inspiration ne semble plus totalement au rendez-vous.