Qu’on leur jette des pierres ou qu’on les emmure à perpétuité, en 1997, les Ukrainiens de NOKTURNAL MORTUM étaient déjà sacrément en place et avaient toute connaissance de leur potentiel, et ce second album long format (quasi une heure au compteur) adressait fièrement des lambeaux atmosphériques et surtout symphoniques à combler leur fierté et leurs paysages sonores bardés de combat, de sentiment de haine et de vengeance. Leur nationalisme profond est condamnable et il n’est plus caché.
"Goat Horns" est différent de "Lunar Poetry" et il clôt aussi un dessein un poil grandiloquent et kitsch que les claviers traduisaient plus ou moins intensément selon les titres. Ce côté Folk Atmosphérique de leur empreinte slave et ukrainienne est, sur ce véritable album (car "Lunar Poetry" est une longue démo, certes très ambitieuse tant les titres sont peaufinés et arrangés), perceptible avec beaucoup d’émotion. Là où les forêts, les paysages hivernaux, lunaires et brumeux de "Lunar Poetry" confrontaient l’auditeur à leur hostilité, c’est vers bien plus de folklore païen, de cérémonies saisonnières et de patrimoine que le centre de gravité de NOKTURNAL MORTUM se déplace au sein de "Goat Horns".
Resté dans l’underground après sa sortie, cet album jouit dorénavant d’un statut culte tant il a su s’émanciper avec son riffing efficace et surtout ses mélodies symphoniques et folkloriques portées par des instruments traditionnels et des claviers omniprésents. Il ferme la porte à cet âge romantique de NOKTURNAL MORTUM, puisque l’album suivant, "To The Gates Of Blasphemous Fire", emportera le groupe sur une pente bien plus agressive et belliqueuse qui fera mouche également dans le cœur des fans.
Un disque passionnant, qui comporte quelques longueurs et des maladresses que l’on peut déceler, mais ô combien authentique et attachant. NOKTURNAL MORTUM va muer et radicaliser son son, sans véritablement tourner le dos à cette esthétique de jeunesse fort aboutie.