Après avoir sorti coup sur coup deux EP en l’espace d’un trimestre (voir chroniques ici et ici), l’énigmatique entité qu’est Ehtëk poursuit son intarissable rythme de production avec cette fois un album complet, le dénommé Íncst. Avoisinant les quarante minutes pour six morceaux, l’individu continue de distiller sa vision très personnelle du Black Metal, loin des standards du genre, et pourtant si captivant.
L'univers dans lequel est plongé l'auditeur est traversé d'un maëlstrom d'émotions, où l’on navigue entre la nostalgie d’une phase de sa propre vie, des réminiscences de souvenirs plaisants comme douloureux, mais également l’omniprésente mélancolie. Pour autant, difficile de cataloguer Ehtëk dans le domaine du Black dépressif. Le registre suit ici une branche distincte, celle qui touche à une forme de démence, incarnée par les vocaux emplis de folie, tant le spectre du chant est large, mais toujours habités par cette même démence, dans une vision quasi-romantique. Celle-ci fait écho aux compositions souvent imprévisibles, où le rythme décontenance parfois.
Le tout s’enrobe d’un clavier donnant un peu de féérie à l’ensemble, impression renforcée par l’utilisation de ce langage inventé par l’auteur, à la manière d’un certain Trhä. Caractères spéciaux, trémas et mots incompréhensibles. Impossible de déterminer le sujet de son œuvre. Cet ésotérisme se retrouve jusque dans l’artwork, composite d'images dont le sens résiste à toute lecture. L'interprétation est laissée libre au pèlerin de passage ; pour ma part j’y vois une créature des cavernes, au regard lumineux émergeant des ténèbres. L’incarnation maléfique du géniteur derrière ce projet ?
On retiendra également le titre bonus concluant Íncst, surprenante (mais excellente) reprise du groupe de surf rock “Surf Curse”, ayant connu son quart d'heure de gloire via les réseaux dans les années 2020, portée par ce morceau. C’est bien là le seul élément qui rattache Ehtëk au monde terrestre.
Pour le reste, l’opus reste un savoureux amalgame d’imaginaire, de descente dans les abysses mentaux, de frénésie, mariné dans une dimension poétique.